THEME:
Remord
et culpabilité
"Nous alimentons nos remords, comme les
miséreux nourrissent leur vermine.” (Baudelaire)
L’idée
de développer ce thème délicat autant que crucial chez nous, alcooliques, nous
est venue après un échange d’idées entre amis A.A.
La
culpabilité est l’état de celui qui a commis une faute: c’est une donnée
objective. Le sentiment de culpabilité, le remords, c’est le sentiment dans
lequel se trouve celui qui se croît, à raison ou à tort, coupable d’avoir mal
agi: c’est donc une donnée subjective. Il est certain qu’un excès de remords ne
peut que nous nuire et menacer ce qui, pour nous, est une base essentielle de
notre rétablissement, la sobriété émotionnelle, la menacer et nous empêcher d’y
parvenir.
Le
remords, voilà une pensée négative qui nous a tant poussés à boire: fuir plutôt
que réparer.
Plus
encore, lorsqu’il n’est plus de mise, le remords n’est qu’une manifestation
supplémentaire de notre orgueil. Bill en parle lui-même, analysant la cinquième
Etape:
Croyez-le ou non, j’étais d’avis que ce grand déballage de mes
défauts était de la profonde humilité et je la considérais comme un acquit
spirituel de grande valeur et une grande consolation. Mais j’ai réalisé, plus
tard, que ne n’avais pas regretté du fond du cœur les torts que j’avais causés
aux autres. Ces épisodes n ‘étaient finalement qu’un prétexte à raconter mon
histoire, une sorte d’exhibitionnisme.” (Le Point de Vue de Bill, p. 311)
En
tant que malades alcooliques pratiquants, nous ne pouvons en aucune manière
échapper, physiquement et mentalement à l’emprise de l’alcool. Dès lors, une
double question se pose: sommes-nous coupables des actes commis pendant cette
période? Et devons-nous nous en sentir coupables?
A
double question, double réponse: “Oui”, nous sommes coupables d’avoir commis
des actes répréhensibles vis-à-vis de nos proches et de la société. “Non”, nous
ne devons pas nous culpabiliser et éprouver un remords maladif. Ce qui ne veut
pas dire que nous devons pas les regretter sincèrement en vue d’une honnête
réparation.
Nous
sommes cependant conscients que pour bon nombre d’entre-nous, ce sont les
remords qui nous ont poussés à franchir la porte d’un local A.A. Après avoir
accompli cette démarche, être devenus abstinents, avoir pris conscience du renouveau
qui s’opérait, croyons-nous qu’il soit possible de traîner les gaffes et les
bévues accumulées?
Est-il possible de tirer un
tel fardeau en suivant sereinement le Programme, imprégnés de maximes telles
que: “Rien qu’aujourd’hui”, “Agir aisément”, “Vivre et laisser vivre”,... ?
Les
remords nous freinent dans notre désir d’agir. A trop attendre, nous risquons
de vivre au passé, dans des expressions telles que: “J’ai oublié de vivre”, ou
encore, “Je n’en ai pas senti le goût”. Les remords sont en contradiction avec
le Programme de relèvement spirituel, la première partie de la Prière de la
Sérénité en est la preuve: accepter ce qu’on ne peut changer.
"Nous
ne pourrons changer notre condition de malades alcooliques, a fortiori les
erreurs commises dans le passé. Le poids de l’énormité d’hier et de l’éternité
de demain: c’est trop pour un seul homme. Cette réflexion nous paraît en
harmonie avec notre mode de vie actuel, et nous prépare aux 8ème et 9ème
Etapes:
Nous
avons dressé la liste de toutes les personnes que nous avions lésées et avons
résolu de leur faire amende honorable.”
“Nous
avons personnellement réparé nos torts envers ces personnes chaque fois que
nous pouvions le faire, sans leur nuire, ou porter préjudices à d’autres.”
Aujourd’hui sobres, efforçons-nous de vivre en adultes responsables.
Groupe de Gilly Belgique,1990 (Transmis par
Gisèle)