***Texte anonyme transmis par un
membre du groupe ***
Tu as enfin osé. Tu as eu le dernier courage, le dernier
soubresaut : tu as poussé la porte avec peut-être la dernière parcelle
d’énergie que te laissait ton immense
désespoir et, dès ce moment, ton accueil fut notre grand souci.
A te voir, nous avons reconnu dans ta démarche et ton
regard, l’être meurtri et abattu que nous étions nous-mêmes lors de notre
entrée. Cet appel, non pas à la pitié, mais à l’aide, à la compréhension qu’à
notre sens le monde entier nous refusait et que les yeux, mieux que les mots
que tu aurais pu dire, exprimaient avec anxiété, nous l’avions crié avant toi.
La main que tu nous tendais si gauchement, comme si tu te
sentais humilié d’être des nôtres ce soir, comme si tu te croyais affligé d’une
tare, cette main, nous te l’avons serrée pour te sauver, pour te « tirer
de là ».
Comment faut-il enclencher le contact avec toi, une fois
servie la tasse de café
traditionnelle ? faut-il t’entourer, te parler, te secouer
peut-être ? ou tenter de te faire parler… ou encore te laisser dans ton
coin écouter et juger, et peut-être mal juger ?
Tout cela doit dépendre de ta réaction, de ta propre
attitude lorsque, pour la première fois, tu te trouves devant des alcooliques
de tous âges et de tout poil qui se réunissent pour ne plus boire. Un paradoxe
que tu ne réalises pas tout de suite.
Nous sommes là, pleins de compréhension pour tes
problèmes que nous avons d’ailleurs vécus – pleins d’espoir que tu suivras
notre exemple et que « tu en sortiras » toi aussi. Mais nous sentons
combien ta résolution de fréquenter notre groupe est fragile en ce premier jour
et nous craignons qu’une maladresse te
hérisse et t’empêche de revenir.
Tu dois donc être indulgent à notre égard, et coopérant.
Nous n’avons reçu aucune formation spéciale sur le meilleure façon de
t’accueillir : certains de nous sont aussi « nouveau » que
toi ; d’autres ont acquis l’expérience que confère l’assiduité aux travaux
de groupe. Mais dis-toi bien que tous, nous avons la volonté de t’aider et que
c’est précisément cette foi, cette ardeur à vouloir te sauver qui fait notre
abstinence si précieuse.
Nous ne pouvons que laisser parler notre cœur avec le
désir de te convaincre de la nécessité de revenir assidûment à nos réunions. Si
nos dires te paraissent nébuleux, reviens souvent. Tu finiras par t’y
intéresser, par croire que c’est possible, pour toi aussi, de partager notre
espoir et notre foi en A.A.
Crois-moi, ces gens que tu vois ne sont pas des
surhommes. Ils n’ont pas plus de volonté que tu n’a l’impression d’en avoir.
Et pourtant… comme toi, ils sont venus une première fois…
Mais eux… ils sont revenus avec ténacité, une conviction de plus en plus renforcée
que « ce serait possible ». Combien te diront qu’ils n’avaient que
bien peu – ou même pas du tout – le désir d’arrêter de boire, lors de leur
première visite. C’est la fréquentation assidue de nos réunions qui, à la
longue, a renforcé ce désir vague et l’a fait devenir volonté et réussite.
Crois-moi, une seule chose à faire : revenir, à tout
prix.
Un conseil en terminant : en rentrant chez toi tout
à l’heure, regarde les yeux de ta femme, de ta mère, de tes enfants, puisses-tu
y voir une lueur d’espoir et une question muette : Serait-ce
possible ?
Au fil des années, il me semble que ce n’est pas le
premier pas, franchir la porte, qui est difficile, ce doit être le
deuxième : revenir.
Un ami.