THEME:
"Nous
perdrons le sentiment d'être inutiles et cesserons de nous apitoyer sur notre
sort."
(6 e Promesse des AA)
L'AVIS D'UN MEMBRE:
Merci Nathalie pour ta proposition de Thème.
Au cours de mon alcoolisme actif, et même lors de
rechutes, je n'ai surtout pas pensé que j'étais inutile ! J'avais plutôt
l'obsession d'être indispensable, surtout si par retour d'ascenseur, j'obtenais
considération et félicitations.
J'ai appris par le mouvement que mon principal défaut
était l'orgueil, alors que qui me verrait me croirait humble et modeste ! C'est
ainsi que l'importance que j'accordais à ce que l'on pensait de moi et de mon efficacité
professionnelle me permettait même de ne boire que de façon
"organisée".
Ainsi, je me
souviens d'un lancement d'un nouveau produit à la Société à Bruxelles : avec
flonflons, orchestre, une chanteuse (Viktor Lazlo ) et soirée dansante. Je
crevais de soif, mais je ne bus que de l'eau par instinct de survie. Je
"sentais" que si je buvais, je déconnerais, et que ce serait la
Bérézina.
Mais dès que j'ai quitté Bruxelles, vers 23 heures, je
me suis arrêté à la première station autoroutière venue et j'ai bu comme un
trou, puis j'ai fait les "chapelles" de bars en bistrots toute la
nuit pour rentrer effondré et reprendre bonne mine dès le lendemain, à
l'entreprise, après un bain et un peu de sommeil. C'était un jeu à devenir réellement
fou.
Pourtant je l'ai pratiqué longtemps. En effet,
l'obsession sans nécessairement boire, je l'ai pratiquée jusque dans la
douleur.
Mais un alcoolique en fait toujours plus. Plus tard,
lors d'un voyage chez un fabricant en Espagne, à Vitoria, j'ai bu tout mon
saoul et en public, cette fois-là. C'est un de mes représentants de commerce
qui m'a porté à bout de bras dans mon lit. Je dormais et n'étais pas à
éveiller. J'étais incapable de marcher. J'avais bu, je me souviens, des
"cuba-libre" (du rhum dans du coca).
Je me suis donné en spectacle et ça a d'ailleurs été
le début de ma descente aux enfers au plan professionnel.
Mais ma fameuse efficacité, mon "utilité"
que je croyais essentielle, c'était du toc, c'était du vent. Cela ne reposait
sur rien de construit au plan de ma vie. Et quand la société m'a dégradé puis
foutu dehors un peu après, qu'est-ce que j'ai gémi sur mon inutilité. Là j'ai
tellement ressenti le vide dans lequel je me trouvais que je pense que c'est ça
qui a provoqué le déclic de ma réaction (définitive jusqu'à ce soir) de ne plus
boire et de "vivre" la vie du mouvement.
Je pense qu'il a fallu que cette fichue société me
vire et m'enlève mes joujoux de choix pour qu'enfin je comprenne. C'est
d'ailleurs depuis cette année-là,
éloignée maintenant (11 ans) que date ma dernière rechute.
Quant à l'apitoiement, il me permettait de tout
obtenir. J'étais comédien assez assuré que pour tout me faire pardonner, pour
tout expliquer et tout justifier, comme nous tous , je suppose.
Je dois tout aux A.A., non pas à mes familiers ou à
des amis proches. Je leur dois tout ce que je suis, mon bonheur de vivre, une
simplicité retrouvée ( et je dois encore parfois faire attention pour ne pas me
pousser du col ) à mes réunions, mon programme et mes amis des groupes. J'ai
appris aussi quelque chose d'essentiel : rechercher et m'autoriser des plaisirs
sains, me faire plaisir donc, profiter de la vie. Autant de bénéfices que sans
l'abstinence et le culte du programme, je n'aurais pas connus, car à la cadence
que je mettais pour boire, je serais mort depuis longtemps.
Vive la vie pourtant ! Et merci de m'avoir lu.
J. P. alcoolique