j'ai connu le verre du matin
et le remords
qui te réveille après
Je suis
la plus vieille d'une famille de quatre filles. Je viens d'un milieu tout à fait dysfonctionnel. Rien ne
fonctionnait normalement chez nous car l'alcool était omniprésent. Aucune
famille ne survit à ce liquide ravageur lorsqu'il règne en roi et maître.
Aussi
loin que je me rappelle, j'avais le comportement de l'alcoolique.
Mon tout premier verre c'est mon grand-père qui me l'a
donné lorsque j'avais 4 ans. Je me
souviens que lorsqu'il a parlé du dodo je ne voulais rien savoir et je l'ai
même menacé de me jeter en bas de la galerie avec mon bicycle. Imaginez ce que ça a donné plus tard! Même
scénario sauf que ce n'était plus le grand-père!
Depuis
ma plus tendre enfance je me suis senti à part des autres et en grandissant,
pour camoufler ce sentiment, je me suis fait une collection de masques de
toutes sortes que j'ai utilisés pour manipuler.
À
l'adolescence je fais une fugue. J'en ai assez de vivre dans ce milieu avec une
mère alcoolique et violente. À partir de ce moment je vis dans la révolte, je fais de foyer nourricier en foyer
nourricier pour finir dans un centre de réhabilitation. Je m'en balance, je fais des fugues et je
consomme alcool et drogue. Dès ce
moment de ma vie je consomme et ce pendant 26 ans.
À travers ces années beaucoup de choses se sont
passées. Je me suis marié deux fois j'ai eu un fils, je suis retourné aux
études mais toujours en consommant.
En février 1988, j'atteins un bas fond. Je cesse de
boire pendant un peu plus de trois ans.
En 1991, un divorce, un cancer et de la malhonnêteté de ma part me
ramènent à mon verre.
Je décide de boire à nouveau en croyant que je
reviendrais à A.A lorsque j'en aurais envie un point c'est tout mais ça ne
s'est pas passé ainsi. Je voulais revenir au mouvement mais je n'étais pas
capable. Mon calvaire a duré encore six ans.
Là, j'ai
connu le verre du matin et le remords qui te réveille après seulement quelques
heures de sommeil, la laideur que le miroir te renvois et le grand désespoir
qui mène au suicide.
Finalement
en janvier 1997, j'ai eu une autre grâce de Dieu. J'ai cessé de boire mais non
sans difficultés car la soif a été présente pendant 9 mois. J'ai mis beaucoup d'efforts pour ne plus
boire et je suis bien contente que ça n'ait pas été facile car j'ai compris
bien des choses que je refusais de comprendre.
L'une de
ces choses est l'importance de la première étape. J'ai compris que cette étape doit
être faite à 100%. Il ne subsiste plus
le moindre doute dans ma tête qu'un jour je pourrais boire à nouveau sans en
mourir.
Aujourd'hui
je suis une femme heureuse et comblée. J'ai une vie remplie de bonnes et belles
choses. La spiritualité fait partie de mon quotidien et j'y tiens car sans elle
je serais vide.
Alors c'est ce que j'avais à partager pour
aujourd'hui.
Bon 24 heures et plein de sérénité à tous.
Jacinthe, alcoolique (Canada)