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NOTRE THEME :

 "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement"

 

L'AVIS D'UN MEMBRE

Chères amies, chers amis,

 

 Ce soir il me revient en tête un vieux souvenir.

Un souvenir qui, par la grâce de dieu, me revient, lorsque je doute de "homme" et qui alors me rend la foi en lui.

Quelques images fortes qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

 

Un soir, il fait nuit déjà

Un homme qui porte une veste en cuir élimée et de couleur qui fut claire, s'arrête

Un homme  sonne à la porte d'une maison grise dans une rue pauvre et déserte

A la fenêtre une affiche ou le rouge et le blanc se mélangent :

 

"MARRE DE BOIRE ?"

Alcooliques anonymes !"

"Réunions les mardis et vendredi de 20 à 22 h."

 

La porte s'ouvre. Le "portier" apparaît trois marches au-dessus.

 -  "T'es alcoolique, toi ?"

 -  "Euh, .... oui, peut-être ".(c'est dit tout bas, en hésitant).

 -  "Viens, suis moi .."

 

 Une grande pièce, une grande table, une trentaine de personnes qui se taisent.

L'orateur s'interrompt et reste muet pipe brandie en un geste inachevé.

(Il connaît l'homme qui vient d'entrer, ils habitent à 100 mètres de distance. Ils ont fréquenté la même école, il y a ...longtemps).

 

Ensuite une grande cuisine avec frigos. Quelques percolateurs égouttent leur café.

La porte est refermée, ils sont trois.

Ils ont parlé longtemps, Ils ont bu beaucoup de café.

L'homme fumait  cigarettes sur cigarettes, celles que lui "roulait" en souriant le "portier".

 

Longtemps après, l'homme est reparti traversant furtivement la salle de réunion.

C'était le mardi 3 avril 1990.

Vendredi suivant l'homme est revenu, il est entré, il n'a pas sonné, ce n'est pas nécessaire : la porte est toujours entr'ouverte.

 

On lui a fait place à la grande table. Il a bu du café.   Il a déposé sa solitude, son désespoir.   Il était chez lui !

On ne lui a rien demandé. On lui a souri.

 

Il a dit "Trois ans sans dessoûler.   Et,  ... avant  ..."

Il a ajouté : "je n'ai pas bu depuis mardi".

 

Cet homme c'est moi.

 

Longtemps après j'ai demandé à mon ami Joseph, le portier d'alors :

"Ce soir là dans la cuisine, pourquoi m'as tu dit de revenir, alors que JE N'AVAIS PAS LE DÉSIR D'ARRETER de boire, mais seulement de boire moins ?

"Notre tradition ne dit-elle pas : La seule condition pour faire partie des alcooliques Anonymes est le DÉSIR D'ARRETER de BOIRE ? ."

 

Sa réponse d'alors est restée en moi et conditionne toute ma conception de nos Traditions:

- "T'étais bouffi, t'avais le nez rouge, t'étais pas bien frais. T'avais l'air d'un emmerdeur de première (et cela s'est confirmé).

Mais cela se voyais que t'en avais marre de boire, même si tu ne l'avouais pas encore !"

 

Il a ajouté : "Désirer s'arrêter de boire ! n'est pas LA CONDITION IMPOSÉE pour faire partie des AA, c'est LA SEULE condition, c'est à dire : PAS D'AUTRE !

Les Traditions, c'est pas fait pour interdire mais pour libérer."

 

Que me serai-t-il arrivé si au lieu de sa conception généreuse des Traditions, il avait eu une conception plus mesquine ?

Je sais que je n'aurais jamais fait un second essai !

 

Que me serait-il arrivé s'il les AA de la grande table ne m'avaient pas offert gratuitement, généreusement sans esprit de retour, l'espoir qu'eux même avaient un jour reçu gratuitement.

Je sais qu'alors je n'avais RIEN à donner en retour

 

Serais-je mort ou fou aujourd'hui ?

 

Ce jour est gravé dans ma mémoire.

Cette générosité à la quelle je dois plus que la vie, fasse Dieu que je ne l'oublie jamais et que je puisse en rendre un peu !

 

 

Amicalement à tous

Robert S. alcoolique.

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