Donner plutôt que recevoir
LE DON DE SAINT FRANÇOIS
Au cours de ma troisième année de sobriété, j’ai dû
affronter une crise personnelle perturbante: selon l’analyse que j’en fis alors,
ma sérénité n’était pas en cause, ni ma dignité humaine compromise, mais chacun
de mes actes avait une répercussion sur quelqu’un de mon entourage.
Au plus
fort de ma crise, je me suis tourné vers la prière de la 11 ème étape car je
souhaitais vraiment "réconforter plutôt qu’être réconforté, comprendre
plutôt qu’être compris, aimer plutôt qu’être aimé". C’était pour moi les
seuls chemins praticables, les autres me conduisant à coup sûr au ressentiment
et à la revanche.
J’ai eu beaucoup de peine avec cette prière, je ressentais
en effet également le besoin d’être moi-même aimé, réconforté et compris. Je
sentais que je ne pouvais à la fois vouloir donner et recevoir: c’était là mon
dilemme. Tout un temps, j’ai laissé se dérouler ce combat spirituel et j’ai
seulement essayé de faire ce que je pouvais - c’est-à-dire rester sobre et être
aussi aimable que possible avec mon entourage.
Avec le temps et le recul, je revins à cette prière “Bien
sûr, il est admirable de donner plutôt que de recevoir, etc... , mais pourquoi
n’y avait-il personne qui l’applique à mon bénéfice !”. Cette attitude tout à
fait égoïste m’aigrit encore plus. Cela m’a complètement abattu tout un temps
et je continuais à prier ma Puissance Supérieure de m’aider à comprendre. J’ai
finalement reçu une réponse : elle prenait ses racines dans la 1ère Etape
l’incapacité de conduire ma vie.
Tout ce que je réclamais échappait en fait à mon contrôle.
Peu importe que je demande, implore ou supplie, le fait de donner repose sur
les motifs que l’on a de donner. Il y a peu de choses que je puisse faire pour
solliciter une attention positive et aimante de mon entourage. Ces sortes
d’attentions sont des cadeaux.
Quand les pièces de ce puzzle spirituel ont fini par se
mettre en place, j’ai compris que c’était mon devoir d’être humain que
d’apporter le réconfort, l'amour et la compréhension à mon entourage. J’ai la
possibilité, mais aussi la responsabilité de faire ces cadeaux. Qu’il n’y ait
aucune garantie que je sois payé en retour est un problème de confiance - un
problème que le fait de se plaindre ne résoudra pas ?
La dernière pièce qu’il fallait assembler fut la différence
à faire entre les besoins et les désirs. Peut-être mes besoins sont-ils très
rudimentaires et sans doute déjà satisfaits? Mes besoins sont probablement:
nourriture, abri, sommeil, sobriété, spiritualité, travail.
Mes envies sont par contre très nombreuses et souvent peu
raisonnables. La 4ème Etape nous dit que tous sommes souvent les esclaves de
nos désirs, qu’ils soient sexuels, de sécurité matérielle et émotionnelle ou
encore d’une place importante dans la société.”
Nombre de mes désirs ne peuvent être satisfaits que par
l’intermédiaire des autres. Puisque mes envies et mes désirs ne peuvent être
satisfaits que par des moyens que je ne puis contrôler, ils ne peuvent donc
prendre une trop grande place dans mon existence.
Aujourd’hui, ayant assemblé tout le puzzle, le chemin vers
la sérénité me paraît plus facile. Je détecte plus vite ma morosité devant l’absence
de cadeaux mais me rends compte également que je n’ai aucun droit de les
attendre ou de les réclamer. Mes besoins simples et fondamentaux sont comblés
par la grâce de ma Puissance Supérieure, et je Lui ensuis beaucoup plus
reconnaissant. Ce fut une rude leçon mais je ne mourrai probablement pas
d’incompréhension ou de manque de certitude. Mon premier objectif est encore et
toujours de rester sobre.
John.(lowa City – lowa)