Thème :

 La colère ( et l'humour comme antidote !)

 

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 Ma grand-mère avait raison pour le soleil rouge du matin : il a fait un temps épouvantable avec fortes pluies et orages violents.

 

J'ai cru que j'étais sans colère. En fait, je réalise que j'ai une colère... anonyme. C'est-à-dire que je me mets en colère contre les institutions, contre le gouvernement, contre des gens que je ne connais pas. C'est sans doute moins menaçant. Sans compter que ça me renvoie constamment à mon impuissance, ce qui avive ma colère.

 

J'ai vu ça ce matin.

J'ai été réveillée à 5 h 15 par un avion qui passait tout juste au-dessus de la maison. Je me suis précipitée à la fenêtre pour le voir repasser au-dessus de la route, si bas que je voyais clairement le pilote. Et puis, je l'ai vu repasser entre la maison et la grange en virant sur l'aile pour éviter le toit de la grange.

En moins de deux, j'étais habillée, dehors sous la pluie qui tombait à boire debout, à essayer de lire son numéro. Évidemment, il m'a vue et s'est éloigné pour répéter ses cabrioles chez le voisin, entre la maison et la grange, là aussi.

Un fou! Un dangereux! Qu'on l'arrête, il va causer un accident, frapper une grange, tuer des animaux, mettre le feu aux champs en s'écrasant (sous la pluie drue!), Faire perdre le contrôle à un automobiliste levé trop tôt!

Ce doit être un de ces nouveaux riches qui se croient tout permis parce qu'ils ont du fric ou du crédit!

Vous voyez le style, l'imagination déchaînée à même pas 6 heures?

Plus je le voyais caracoler, plus j'étais furieuse.

 

Je suis rentrée me faire un café dans les vrombissements, en commençant à répéter ma prière de la sérénité pour essayer de me détacher.

Et puis, je suis ressortie pour m'asseoir sous le porche, j'ai lu une réflexion de Bill que je n'avais jamais lue en tentant de ne pas lever les yeux trop souvent. Au bout de quelques minutes, j'ai pu le regarder sans colère, admirer ses prouesses et rire de moi.

Je me suis aperçue que j'étais si pressée de redresser les torts que j'avais mis mon t-shirt deux fois à l'envers (les coutures à l'extérieur et l'étiquette en avant). J'avais oublié la pelle à mesurer la nourriture sur le toit de la niche du chien; moi qui reproche tout le temps à mon fils de l'oublier là.

J

Je me suis mise à réfléchir à la colère et je me suis vue pleine de hargne et de démesure à l'endroit des gouvernements, des conducteurs à casquette à l'envers (les conducteurs à palette comme on dit), des OGM, des compagnies pharmaceutiques, biotechnologiques, des banques, des sociétés d'assurances et j'en passe. Quand je suis rationnelle-" ça m'arrive parfois - je me dis que je peux pousser mon propre grain de sable, faire pousser mes légumes bio, nourrir mes poules au bio, refuser le crédit et les achats intempestifs POUR MOI, et devenir pour mon entourage, et comme le suggère notre mode de vie, un attrait plutôt qu'une réclame.

Peut-être aussi que la colère qui m'emporte ainsi s'exprime comme ça parce qu'elle n'a pas de visage et que je trouverais trop menaçant de mettre un visage dessus? Il faudra encore que j'y réfléchisse encore.

 

Ça vous arrive à vous?

Je vous souhaite une belle journée sereine et de bonnes 24 heures,

*

*  *

Aujourd'hui, il fait enfin soleil. Dehors, je prie Dieu de me donner de la sérénité et du calme pour aujourd'hui.

 

Je reprends un peu sur l'avion d'hier.

Les choses ne sont pas tout à fait ce qu'elles me semblaient. Il est vrai que l'aviateur s'est donné un peu de bon temps à jouer les Snowbirds au-dessus de chez moi, mais il était surtout là pour arroser les champs contre les chenilles légionnaires qui ont envahi les céréales et menacent les récoltes.

 

J'étais tellement dans ma bulle que je n'ai pas considéré autre chose que le plaisir personnel qu'il paraissait prendre.

Hier soir, en attendant le retour de mon mari, j'ai travaillé avec mon fils à faire macérer des feuilles de rhubarbe pour faire un insecticide afin d'arroser mon petit carré de maïs qui souffre aussi de l'invasion. J'enlevais les petits insectes à la main et je pensais à vous, à mon attitude d'hier.

J'espère que vous pardonnerez ma fougue de vieille rebelle. Je ne voulais surtout pas exprimer d'opinion politique, ni blesser qui que ce soit. Il faut que je pousse mon petit grain de sable.

Merci à vous tous pour votre tolérance, merci de ne pas m'avoir ramassée et envoyée caqueter avec mes poules. Je m'efforcerai de rester dans le programme, d'utiliser davantage le coffre d'outils que nous ont légué nos fondateurs.

 

Bonne journée,

Anonyme Québec.

 

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